09.12.2005
La loi de 1905 de séparation de l'Etat et des églises a 100 ans.
En France, bien sûr…
Pour beaucoup, cette loi de 1905 marquerait une conquête décisive de l'Etat républicain, dans une guerre amorcée dès 1789, lorsque le clergé, dans la nuit du 4 août, perd la principale source de ses revenus, sa dîme, ainsi que ses privilèges fiscaux. Pertinente d'un point de vue historique, l’analyse met en effet souvent l'accent sur la dimension d'affrontement ou sur l'idée de compromis plus ou moins stable, que représente la loi de 1905. C'est toujours ce schéma d'un rapport dual qui s'impose entre ces deux pôles que constitue l'Etat d'une part, et la puissance religieuse d'autre part. Or, pour séparer deux camps qui s'affrontent, il ne suffit pas de répartir ce qui revient de droit à l'un et l'autre des deux pôles, au pouvoir politique et au pouvoir religieux. La séparation ne peut être effective que si une instance tierce fonctionne au-delà des deux pôles en présence.
Cette instance tierce, c'est le modèle républicain.
Ce modèle constitue le fondement du dispositif et son instance de légitimation. La République n'est pas réductible à l'instauration d'une forme de souveraineté, la souveraineté du peuple. On le sait ; la République ne se confond pas avec la démocratie, elle en a rendu possible l'exercice.
La République moderne est le modèle politique qui a été inventé afin de rendre les libertés « compossibles ». Autrement dit, comment éviter que les libertés individuelles ne s'affrontent dans une guerre «de tous contre tous» ?
Pour rendre les libertés compossibles, pour créer ta concorde, il fallait inventer une nouvelle forme de lien. C'est cela que la modèle républicain propose : la République moderne a inventé le lien politique.
Le modèle républicain crée le lien politique en rupture avec une forme (archaïque) religieuse du lien. Le lien politique se constitue par dissolution de toutes les formes de lien religieux. Le lien politique ne doit pas se constituer à partir de la reconnaissance d'un particularisme. La République a donc créé une figure inédite de la citoyenneté : le citoyen n'est pas une entité préalable au modèle républicain, car c'est la République qui le fait en invitant les individus à mettre entre parenthèse ce qui les particularise. Le citoyen est délié de tout ce qui peut l'individualiser.
La loi de 1905 se base principe de laïcité, principe qui est au fondement du lien politique et de la conception républicaine de la citoyenneté. En contrepartie, pour assurer la concorde et l’égalité, l'Etat s'impose sa propre limitation. L'Etat affirme ainsi qu'il ne saurait instrumentaliser le lien religieux pour produire la cohésion sociale.
Tout comme il ne saurait non plus souder les individus à partir du lien religieux, à partir de la fétichisation d'un particularisme quelconque : le sang, la couleur de peau, l'appartenance ethnique, etc..
Séparer l'Etat et les Eglises, ce n'est pas interdire le lien religieux. C'est assigner le lien religieux à un espace dans lequel il doit rester cantonné, l'espace de la société civile, autrement dit, l'espace de la sphère privée.
La loi de 1905 place ainsi la société civile sous l'égide du principe de tolérance. Elle garantit « le libre exercice des cultes ». Mais elle trace du même coup les limites de la tolérance : dans la sphère publique, c'est le principe de laïcité qui doit prévaloir. En interdisant toute captation du corps politique pas le lien religieux, la loi de 1905 produit un effet de « dé-liaison ». Elle délie le citoyen de toute obligation d'appartenance, elle le délivre de tout lien communautaire. Important par les temps qui courent…
Cette loi permet un exercice authentique de la démocratie : la souveraineté doit en effet avoir pour seule et unique source la volonté générale, c'est-à-dire la volonté du peuple des citoyens. Or, lorsque les forces qui sont au service du lien religieux infiltrent le corps politique, c'est toujours dans le but -affiché ou non- de s'emparer de le souveraineté. Et lorsque la souveraineté est captée par une force religieuse, cela produit mécaniquement un volonté politique particulariste : on a alors affaire à une communauté qui fait la loi au nom de sa vision particulière du monde. On ne sait que trop ce qui se profite alors à l'horizon : une société de privilèges et de «citoyens » de seconde zone.
Cette loi constitue un cran d'arrêt à l'hégémonie de toutes les Eglises. Ainsi, la loi du 15 mars 2004 qui interdit de manifester par le port des signes ostensibles son appartenance religieuse dans l'espace de l'Ecole laïque, se situe dans son prolongement.
Pour que le modèle républicain soit effectif, trois conditions sont requises : il faut séparer la sphère publique de la sphère privée, il faut soustraire le corps politique au lien religieux, il faut, enfin, délier le citoyen de toute forme d'appartenance communautaire. Inutile de dire que cette loi est essentielle et donc fortement attaquée par tous ceux qui voudraient revenir à un système archaïque. Ce serait céder sur le modèle républicain.
Et il y aurait encore beaucoup de choses à dire...
En Belgie-que, on a choisi une autre voie ouvrant la porte à toutes les dérives communautaristes – on le voit maintenant – donnant même de la laïcité un statut de religion… Ce n’est pas ça la neutralité de l’Etat !
Difficile de faire marche arrière, ce n'est que lors de la réunion à la France qu'on pourra en re-discuter.
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